Allez tousse, crache, tousse encore et étouffe-toi. Allez tousse, crache tes poumons sur la table mais respire. Respire. L'odeur de l'hôpital ne parvient même pas à tes narines cachées derrière ce masque. Les tuyaux des machines t'enlacent de tout leurs membres et font de toi cet homme réduit à néant qui dépend de ces machines pour vivre.
Bip. Bip. Bip.
Elles te chantent leurs chansons qui bercent doucement ton coeur d'ange et toi qui a toujours aimé chanter, tu les suis dans leur concert. Les notes t'ennivrent et tu t'oublies à elles, tu te donnes entièrement, elles sont tes seules maitresses. Elles dominent ta peur et te transforme en chanteur.
Vous sortirez peut-être un duo, appelé "Les cris du coeur".
Le courant d'air te souffle sa musique et tu chantes toujours, les bip bip de la vie, les bip bip de l'amour. Tout le monde autour de toi a un goût salé sur les joues, ils pleurent ils pleurent, et y croient jusqu'au bout. Ils te prient du regard de ne pas les laisser, mais toi tout ce qui t'intéresse, c'est ton concert et tes notes. Tu entends doucement leurs souffles saccadés, qui cognant dans ton coeur, te supplient d'arrêter.
Ils pleurent et tu chantes, ils prient et tu cries.
Tu as trouvé du souffle auprès de ces machines, et tu cries au loup, lui demandant de te dévorer. Ton petit frère te tient la main et ses larmes coulent à flots, ta maman est déjà à genoux, anéantie par la douleur. Dans ton monde tu souries et tu chantes toujours, mais la réalité te fait comprendre que cette fois ci c'est la fin. Tu voudrais tousser et leur crier ton amour, mais tout à coup la fatigue te vient. Tes membres sont lourds et tu ne peux plus bouger.
Tout le monde autour de toi va bientot cesser d'espérer.
Allez tousse et crache je t'en prie tu peux le faire. Libère-toi de tout ce qui t'encombre et fais nous un sourire. Déroule le film de ta vie devant tes yeux et regarde, regarde un peu. Respire un grand coup et regarde ton Avant, tu t'es toujours battu et accroché à tout. Tu voulais réaliser tes rêves, alors aujourd'hui fais-le, ne me quitte pas pour ton Après, et viens.
Viens avec moi.
Oui, tends-moi la main et je t'emmènerai, on ira au bout du monde. J'accrocherai sur ton coeur des milliers de rêves, et je clouerai sur ton visage le sourire du vainqueur. Ensemble on vaincra tout et on sera invincibles, allez donne moi ta main et tousse s'il te plait. Je vais te marteler la poitrine pour que tu réagisses, te frapper à coup de poings le torse pour que tu respires. Allez fais-le tout seul, réagis tousse et vis, allez fais-le, je t'en prie je t'en supplie. Regarde autour de toi tout ce monde qui t'aime tant.
Tu ne peux les laisser, accroche-toi comme avant.
La musique te prend les trippes et les bip bip bip s'accélèrent, ils t'entrainent de plus en plus et t'éloigne toujours plus loin. Mais non résiste, je sais que tu en est capable, toi qui est cap de tout, prouve-le moi maintenant. La ligne de ta vie disparait peu à peu, mais reprends-toi bon sang, ce n'est pas un simple jeu. N'écoute pas les bip bip bip et le bruit des machines, sois fort et respire, résiste à la volonté divine. Ecoute les sanglots des gens qui t'appellent, écoute-les crier ton nom pour que tu leurs reviennent. On ne peut vivre sans toi c'est gravé dans nos coeur.
T'es sur le trône c'est toi le roi, alors gouverne un peu la vie.
La maladie n'est qu'esclave, elle est sous tes ordres, ne la laisse pas prendre le pouvoir et fous-la simplement dehors. Il fait nuit et les étoiles brillent, le ciel est noir et la ville dort. Près de toi il fait jour tellement les projecteurs sont braqués sur ta vie, il fait encore jour alors n'éteind pas la lumière tout de suite. Je sais que tu as peur du noir, je serai ta veilleuse, j'illuminerai tes matins et j'éblouirai tes nuits. Non, laisse allumé, ne pars pas dans le noir.
Garde les yeux ouverts et regarde notre espoir.
Tout le monde croit en toi même si tout ça t'indiffère, résiste, tousse, crie, réagis. Crache encore une fois cette maladie qui te fait vomir, crache-la hors de toi et envoie-la valser. La danse des battements de ton coeur ne doit pas se terminer, même si la cadence de ton souffle ne cesse de régresser. N'écoute surtout pas la voix des anges qui te gardent une place au chaud, là-bas n'est pas ta place, reste ici parmi nous.
On prendra soin de toi, toi qui est notre roi, si tu pars qui gouvernera ?
Tu dois atteindre tes seize ans, c'était le but que tu avais fixé, tu n'abandonnes jamais rien, alors bats-toi pour ton anniversaire. Bats-toi pour tous les gens que tu aimes et qui t'aiment en retour, pour toutes les belles choses de la vie qui sont sources de ton sourire. Continue à nous faire rire sur une scène de théâtre, enfile à nouveau ton maillot et déchaine-toi sur le terrain de basket, fais-nous rêver sur la piste de danse et chante encore.
Chante nous ton refrain.
Ce refrain qui nous dit que tu es un homme heureux, que la vie ne vaut rien mais que rien ne vaut la vie. Dis-moi encore une fois que tu es reconnaissant de cette vie, parce qu'elle t'as donné l'amour, le bonheur et l'envie. Envie de tout foutre en l'air et de te secouer pour t'entendre encore rire, crier, hurler. Je veux te voir réagir et revoir toujours plus ton sourire, comme un souvenir gravé sur la mémoire de notre film. Je peux mettre pause pour que tu te reposes un peu, mais jamais je n'appuierai sur stop, pour voir s'éteindre ta flamme. Rembobine encore une fois, allez repasse certains moments.
Rembobine pour qu'on puisse en rire à nouveau et créer la suite de l'histoire.
Pourquoi tu ne sers plus la main de ton petit frère, pourquoi tu as lâché l'emprise ? Pourquoi ton sourire s'évapore, pourquoi la maladie te maitrise ? Pourquoi tout doucement la ligne de ta vie s'éteint, pourquoi les bip bip bip de ta chanson se font de plus en plus lointains ? Tu n'avais pas encore enregistré ce long bip intense qui cogne les tympans, tu n'en avait pas le droit ce n'était pas dans ton contrat. Les machines te chantent leur au revoir, leur adieu, et la main du médecin s'approche pour les faire taire.
Il paraît que c'est fini et que ton coeur a cessé de battre.
Mais ce n'est pas possible, toi tu étais invincible. Tu m'as toujours promis que tout irait au mieux, alors pourquoi cette nuit ta promesse a prit feu en même temps que ta vie ? Regarde maintenant ton entourage en larmes, leurs sanglots te répètent qu'ils t'aiment à en crever. Les perles de ma douleur ne roulent pas encore sur mes joues rougies de souffrance et de chaleur. La chaleur de ta voix qui m'ennivrait d'espoir, et celle de ton coeur qui cognait en moi.
Si tu pouvais savoir à quel point je suis triste.
Mais tout ce que je voudrais c'est hurler ton combat. Je ne vais pas pleurer et te regretter, je vais me battre pour deux et je promets de t'honnorer. Tu seras en moi à chaque pas tracé, à coeur et à vie, pour l'infini de l'éternité. Je vais crier à corps perdu ton nom, pour que le monde s'en souvienne. Et même les blanches colombes entendront mon appel. Elles voleront jusqu'à toi et te feront comprendre, que malgré l'au-delà, ton coeur et ton âme hurlent toujours :
"Je suis en vie."
Jeremy